La grande trouille

En juillet 2013, en préparation à mon tournage imminent, j’ai participé au camp Fauniquement Femme afin de m’initier à l’univers de la chasse et de la pêche, me disant que pour bien comprendre mon sujet, je devais y gouter le plus possible.

Moi qui ai toujours eu une peur bleue des armes à feu, du genre à figer complètement en présence de celles-ci, je me souviens encore être arrivée à l’atelier de tir à la carabine, le pas hésitant, le coeur battant sauvagement dans mes oreilles.

Au moment de mon premier tir, j’ai ressenti un déclic aussi fort que le contrecoup que la 270 venait de faire sur mon épaule. Moi, plutôt du genre baba-cool de service, prendre plaisir avec une arme dans les mains? Jamais je n’aurais cru. La puissance, la concentration, la respiration, le dépassement, l’adrénaline, je venais vraiment de vivre quelque chose de particulier. J’avais une seule envie : recommencer tout de suite, viser la cible, atteindre le bullseye. Le déclic de la carabine venait de faire sauter en moi de grandes barrières. Avec le recul je crois que finalement ma plus grande peur, c’était probablement d’aimer ça.

C’est à ce camp que j’ai fait la rencontre d’Hélène qui allait ensuite devenir mon mentor et un personnage de mon film. Je me souviens lui avoir dit sur le balcon de l’auberge que même si j’avais eu du plaisir à l’atelier de tir sur cible de la journée, « Jamais je ne serais capable de tirer sur un animal ». Elle m’a regardé l’oeil pétillant, un sourire en coin et m’a dit de prendre mon temps, d’en apprendre plus, et après je verrais bien.

Les mois suivants, c’est bien ce que j’ai fait : apprendre, apprendre, apprendre. Parce que chasser demande un grand lot de connaissances. Et avec 25 jours de tournage à la chasse en compagnie des femmes d’expérience, mon bagage s’est rempli à grande vitesse, faisant du même coup prendre le large à beaucoup de mes préjugés et appréhensions.

Le 14 novembre 2013, pour clôturer mon tournage, je me retrouvais dans une cache au milieu de la forêt outaouaise, assise cette fois-là devant la caméra, une carabine à la main attendant patiemment de voir peut-être un cerf se pointer le bout du nez. Les yeux grands ouverts, mais ô combien cernés d’une nuit passée à me demander encore une fois si j’allais être « game » ou pas d’appuyer sur la détente si l’occasion se présentait. Mon cœur et ma tête se vouaient un combat de haute voltige. Assise dans la cache, je me sentais forte mais tellement petite à la fois. Le trac, le vrai. J’ai respiré fort, fort, fort. Me suis concentrée sur le chant des oiseaux.

La suite, je peux pas vous la raconter encore. Elle se retrouve dans le film qui sortira cet automne. Je commence déjà à compter les dodos qui me séparent de la grande première et lorsque j’y pense, je me sens aussi forte et petite que ce 14 novembre. La vieille amie la grande trouille qui revient se pointer le bout du nez.

J’ai eu peur souvent pendant ce tournage: de moi, des ours, de la nuit, des loups, des armes, du loin-dans-la-forêt, de mon cellulaire sans réseau, même d’un écureuil une fois.

Mais je sais maintenant le secret pour les surmonter : j’ai juste à mettre mes bottes de chasse, faire confiance à mon instinct, lever la tête pis à foncer dans le bois. Tout va bien aller.

 

Une réflexion

  1. Julie, quel bel article! Tu as tellement bien décrit ce que tu as vécu que je pouvais presque le vivre avec toi! Je suis fière de toi!

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